je raconte la petite histoire d'une famille creusoise
June 17 2024
« Une fois par an, il y a des artichauts, ceux que l'on appelle ici artichauts n'en sont pas, ce sont des troupes en rangs serrés de joubarbes qui poussent sur les murs de pierre, entassés en massif surélevé sur les limites de la cour. Comment une seule plante posée dans un interstice, sans terre, peut-elle avoir donné naissance à une telle famille, cela tient du miracle. Ici, la joubarbe prospère en formes rondes, octogonales ou hexagonales, presque carrées, tellement serrées que certaines, comme la clé d'une voûte, sont plus hautes et plus profondes que les autres. L'été, les chandeliers poussent, hampes charnues, presque confondues avec les fleurs rosées dont le petit cœur jaune verdâtre n'a pas de parfum, mais offre la douceur un peu rêche d'un velours à rebrousse-poil. Ici, le diable ne pénétrera pas. »
Ici, les œillets ne poussent que rarement. Pourtant, dans la grande jatte, les pieds éclairent la verdure du parc. Jaunes, roses, rouges, tigrés, leurs trop longues tiges se courbent sous le poids d'une trop lourde tête dont s'échappent, comme des mèches d'une chevelure mal peignée, quelques pétales mous contrastant avec le reste de la fleur, dru et odoriférant. » raconte Colette