je raconte la petite histoire d'une famille creusoise
August 11 2018
La chèvre est grise, vaguement marron et parsemée de blanc. Sa barbiche est claire.
Elle descend le petit chemin avec deux autres, plus petites, la vache et l'âne aussi, dans un bruit sec , sans écho.
Au rythme de son pas , les mamelles sont balancées, remplies de lait.
S ' approcher n'est pas facile, le caractère est mauvais, de ses cornes , elle sait se servir rapidement, et son oeil juge de haut , sans gentillesse, c'est l'heure d'aller au pré .
Elle marche en tête , sûre d'elle, avec sa barbiche claire, autour du cou, un collier l'entrave pour l'empêcher de bondir à travers les haies .
Un morceau de tissu, gris à rayures foncées, tient , sans savoir comment, les mamelles, qui se balancent au rythme de ses pas.
Colette
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Nuit
La chaumière est une petite maison qui appartenait au frère de l’arrière-grand-mère de maman, Jean-Baptiste. La Clémentine en était une descendante. Clément était aussi un prénom de ce temps , il y en avait un à M. La Clémentine comme on disait était la vieille tante aux chèvres racontée par maman.
Bercée pendant les vacances par ces légendes, il m'arrivait de devoir y dormir. Il y a une grande pièce où parfois toute la famille se réunissait pour partager un de ces repas de gibier aux petites girolles. Derrière, il y a une petite cuisine , où j'étais de corvée de vaisselle . En ce temps il fallait chauffer l'eau dans une casserole et laver les assiettes dans une grande bassine grise de zinc. Puis un frère ou une femme de la famille voulait bien prendre un de ces torchons rêches blanc crème pour l'essuyer . La vaisselle était rangée dans un coffre et un bahut. La chambre jouxtait la grande pièce , une armoire de bois clair contenait des vêtements usagés bons pour une nouvelle vie à la campagne, qu'adolescents nous adoptions , comme tissus ayant du "vécu"., aux couleurs délavées , verts doux , et autres pastels. Une fois les épais contrevents de bois fermés, porte fermée ,il faisait une nuit noire . L'absence totale de lumière m'étouffait comme noyée dans de l'encre épaisse. Mon souffle se coupait. J'allumais si je réussissais à atteindre une lampe de chevet, à la pauvre lumière. Je détestais cette situation et y semblait contrainte , comme mauvais sort. Cette pièce était l'angoisse .
Chaque jour je me donne une tâche , comme le dit un philosophe , il faut rester humble , nous ne sommes par des surhommes , ou plutôt , des « sur femmes ». J'ai tant à faire. Souvent pendant les "vacances", je me suis donnée ainsi des tâches à effectuer.Je me suis perdue dans la confection de plats d'été variés , dans la lecture de magasines en tas,...
Il y a un fétichisme du linge transmis par les filles de la famille: mamie a une machine à laver : elle jongle sur les programmes . D'abord mamie décide que les machines ne doivent pas fonctionner le dimanche, en avant garde d'une forme de philosophie. Elle décide que le linge peut bien se laver à froid pour certains tissu, elle le proclame. La lessive en poudre est pour elle gageure de surprise pour nous , petit cadeau caché selon la marque choisie. Mamie m’appelle de son ton à la voix chantante , intonation montante , ton suppliant: « Dis donc , ma petite , tu ne voudrais pas étendre le linge? ». Heureuse de me rendre utile , d’être considérée pour une tâche demandée par une adulte , je porte la grosse bassine ronde de plastique blanc sale et je me dirige vers l’ouche, grande étendue verte , herbe rase , à côté du garage . Deux poteaux de style télégraphique soutiennent un fil métallique très tendu. Un petit seau peint en rouge est rangé dans le garage et contient les pinces à linge en bois , usées et celles en plastiques multicolores.
J’étends le linge au soleil , heureuse .
A la moindre goutte d’eau , mamie , catastrophée , reprendra un ton suppliant et je devrai rentrer vite le linge , s’il est sec , je le pose dans la grande pièce , s’il est humide , il faudra l’étendre dans le garage , où il prendra une odeur moins fraiche.