je raconte la petite histoire d'une famille creusoise
July 2 2024
G. est content de me voir arriver à Los Angeles, où il fait ses études depuis un an. Pour son départ, les parents voulant marquer le coup organisent une fête. Je suis encore une fois prise par d'autres soucis sur lesquels je ne partage avec personne.
Communication coupée trop longtemps, nous sommes vers 1980, et je vais mal.
Il m'est impossible d'échanger avec mes parents et pourtant je suis là le jour de cette fête irréelle pour moi. Notre oncle J est là aussi, et il lui offre un billet d'un dollar. Pourquoi ce souvenir m'est-il resté le seul de cette fête? C'est un geste amusant et approprié, lourd de symbole. "Pars et surtout ne te retourne pas," chante Higelin.
Enfin, je rejoins G. dans sa colocation.
Du séjour, je garde une impression de gaieté, lumière, soucis oubliés, car G. est déjà installé à UCLA. La fête de départ est loin. Il y a eu Noël, où il a envoyé des cadeaux, des tee-shirts. Il y a eu la visite des parents, venus retrouver le fils prodigue, fiers.
G. dit que j'ai l'air d'une touriste. Je n'ai pas beaucoup d'argent mais j'ai deux robes d'été, une jolie bleu turquoise, une blanche et rouge. Dommage que les soucis de santé ne me permettent pas de me sentir bien, mais comme je n'en ai pas conscience, je profite en attendant du soleil, de l'ambiance et du dépaysement.
Je déguste de délicieuses parts de pizza le long de la côte. J'ai un Walkman pour écouter la musique locale. J'observe d'étranges membres, tout vêtus de blanc, d'une secte du coin.
Je rencontre un autre mode de vie loin de la grisaille de la banlieue, et le retour sera dur. C'est une vie stimulante, intéressante, joyeuse, épanouie, généreuse.