je raconte la petite histoire d'une famille creusoise
August 3 2022
Une petite fille du XXeme siècle
De Armelle Durand
Une fille
Du siècle passé
___
Par Armelle
Je retrouve un livre de la jeunesse de mes parents dans les années soixante , parmi les livres poussiéreux de la maison de campagne .Je cite cet écrivaine oubliée : Christiane Rochefort ,et le titre : Les enfants du siècle ".
L'envie me vient de lui répondre , son sujet ravive des moments de ma vie. Il s'agit plutôt de mon immersion dans une famille de cité , suivant un jeune homme , après une rencontre , fuyant ma propre famille .
J'ai entendu des moments de son enfance racontée par lui avant nos vingt ans.
Il est né à Constantine en Algérie .Alors les enfants naissaient encore à la maison , ce qui était fréquent en France dans les années de naissance de mes parents , les années trente .Lui est né en 1955. Salah est né à l'hôpital de Constantine .
Une femme plus âgée était l'accoucheuse. Peut- être était - ce sa grand- mère, qui connaissait aussi les plantes des alentours , un peu guérisseuse . Une tante secondait l'accouchée.
Il me parlera aussi de décès de nouveaux nés dans cette grande fratrie .
Son père travaillait en France . Peut - être sa mère restait - elle alors dans sa propre famille .
D'autres frères et sœurs naîtront en France . La famille aura huit enfants vivants .
Le petit garçon aura beaucoup de lourdes tâches , il est pourtant mignon mais considéré comme un petit homme .
Les enfants feront les frais pour leur santé des conditions de vie insalubre , froid , humidité , manque de chauffage et d'électricité .
C'est lui qui fait la visite vers sa sœur malade , qui accompagne la mère pour accoucher du dernier , qui garde un frère et est accusé de vouloir le noyer dans la Meuse .La petite maison au bord de la Meuse est peu accueillante pour des enfants .
La famille se retrouvera à Constantine pour la naissance d' une autre sœur et il y sera scolarisé .Son souvenir n'est pas heureux.
Son père n'est pas là.
Lâ- bas comme au début du siècle en France , l'instituteur peut utiliser les sévices corporels .Il semble qu'on ne l'autorise pas à parler français dans la classe .
Ce n'est plus son instituteur des Ardennes au nom bien porté , monsieur Parent qui le valorise par un regard bienveillant .Il apprenait avec lui des poèmes de grands écrivains français .
Sa famille lui demande s'il préfère la France où l'Algérie .
La banlieue
D'autres frères et sœurs naîtront en banlieue est .
Un oncle encore jeune viendra loger chez eux , venu d'Algérie dans des circonstances troubles .
Le petit garçon est devenu un adolescent rebelle , très attaché à cette mère qui consacre du temps aux plus jeunes .Il se sent délaissé .
Il a du mal à trouver sa place , le père et la mère lui délèguent beaucoup . Dans cette famille traditionnelle , le frère aîné doit surveiller ses sœurs .
Le père est un ouvrier spécialisé dans le bâtiment ou dans la fonderie .La mère est au foyer ou a quelques travaux journaliers . Le garçon a eu faim.Il se régale de fruits cueillis sur des branches qui dépassent , de rondelles de saucisson pas trop chères au lieu de beefsteack .
A vingt ans , le jeune homme est en rupture avec son père .Ils ne se parlent plus . Il ne comprend pas son fils .L'adolescent est en rupture aussi avec la scolarité et se perd dans de mauvaises rencontres .
Enfant ,le père lui en a trop demandé comme de lire pour lui mais se tromper et être puni de coups de ceinture . Il le portera sur une mobylette à travers champs et l'enfant se blessera au pied , le pied reste abîmé
A l'occasion , la mère utilisera son balai et l'enfant notera les coups reçus .
Il faut bien que l'enfant aille affronter l'épicier où les achats se font à crédit . Il faut mettre une pièce pour regarder la télé du village des Ardennes .
Adolescent dans la banlieue , courir , encore .
Il fallait que chacun contribue à gagner son pain et il ira travailler avec son père dès l'âge de quatorze ans , il dira :" c'est mon père qui a construit ….".
Son père aura des séquelles d'accident du travail qui rejoindront un coup de sabot sur le front d'un cheval arabe de son propre père en Algérie .
Les paroles
Les mots s'envolent vite dans la famille ouvrière , pour de multiples raisons: maltraitan
, manque de tout , promiscuité , voisinage etc …
La cuisine
C'est le lieu de l'échange , de la survivance culturelle par les goûts .On s'assoie pour ce moment un peu plus paisible .
L'économie
L'enfant , puis l'adolescent et enfin le jeune homme courra toujours après l'argent .
Très économe , parfois un beau vêtement ou un objet désiré rompront la restriction .
La nourriture sera recherchée au marché , ou dans des surfaces les moins chères possible . L'adolescent donne l'argent gagné à sa mère . La carnet de caisse d'épargne est resté longtemps un enjeu .
L'enfant fera du foot et aura un accident grave en sautant par - dessus un mur .La douleur est à nouveau présente . Le corps est encore blessé .Il y eut aussi la méningite . Le bras comme le pied restent stigmatisés .
Les blessures sont aussi morales , insultes racistes en descendant du bateau à Marseille ,
Insultes au collège de la banlieue est ,confrontation avec la police et les voyous du coin.
Maraboutage avec des séjours dans les mausolées en Algérie comme traitement psychique , conflit avec sa mère quand il ne veut pas obéir au marabout . Il voit sa grand - mère délaissée par le grand - père .
Il verra sa mère vouloir fuir avec les enfants des Ardennes , il verra son père perdre ses illusions de retrouver un travail en Algérie , suite à l'épisode d'une lettre..
L'enfant prendra train et bateau seul , chargé , aidant d'autres immigrés .
Parfois son père aura des moments de fraternité avec quelques amis qui viendront dans la cité , il s'enferme alors avec eux pour discuter .
L'enfant en classe dans la banlieue n'aura pas l'équipement sportif demandé , chaussures pas à sa taille et c'est le docteur Samuel qui aidera le garçon en lui faisant un certificat de dispense de sport .
A l'adolescence , il s'intoxique , la drogue apparaît , mais c'est illégal . Il sera retiré de sa famille quelque temps vers l'âge de quinze ou seize ans ..Il avait fait des voyages en train un peu limites . Quand je l'ai connu, il était allé en Angleterre et avait dormi dehors .
Le cadre de vie
La famille a déménagé d' une région de France à la banlieue et d'une cité à une autre , avec un passage dans un bidonville . L'enfant puis l'adolescent est meurtri , s'automutile , devant moi , il peut marcher longtemps pour économiser un moyen de transport et porter des meubles d'Emmaüs avec son père ou trouvés dans la rue les jours de grand débarras pour éviter de payer un livreur .
Les déménagements , laissant tout derrière soi , l'habituent à rompre les liens , fuites , mauvaises rencontres, maltraitance , usure du corps , violences physiques ou verbales , absence de bons soins , de repos s'allient à l'arrachement de liens qui auraient construit les bons souvenirs . Un retour en Algérie à l'adolescence , dans les Ardennes , devenu adulte , la perte de son père , sont des évènements qui jalonnent sa vie .
Sa solidité s'effritera .
Les dents de sa mère ,entourée parfois d'or, ne sont pas les siennes . Il est plus fragile et s'usera plus vite . L'enfant a aimé un chien , impossible à garder à la maison mais c'était son meilleur compagnon , son rempart contre les méchants . Il n'a encore pas accroché à un lien d'amour .
La colère l'accompagnera . Il aurait confié à l'animal ses douleurs et son besoin de réparation .
La rencontre
A ce moment - là,il obtient son permis de conduire ( il avait un peu conduit sans permis pour un périple adolescent pour l'Algérie ). Son père lui a acheté cash une Volvo jaune occasion .
Mon vécu
J'ai vu la vie quotidienne en cité , comment la mère s'organise ,avec l'aide de certains de ses enfants ,pour gérer le linge ,la nourriture ou l'entretien de l'appartement . Le jeune homme raconte à ma grand - mère que le linge sèche dans toutes les pièces sur les radiateurs .
Le jeune homme aimait être élégant , avec des vêtements de qualité. Il gardait l' argent de ses jobs pour s'en offrir de Paris .
Sa mère avait fait faire pour ses enfants de très beaux pulls torsadés de laine grise ou verte assez rêche , je me souviens d' un avec lequel je le vois lors d'un rendez- vous à la gare de l'est . Dans les Ardennes il faisait très froid et humide et je crois qu' une tricoteuse était à l'ouvrage . Il aimait les pulls de Shetland . Je me souviens d'un bleu ciel .
Il tenait aussi beaucoup à ses sous- pulls d'élastomère gris brillant , ses chaussures de cuir clair dernier cri .
Il reprochait à ses parents de ne pas avoir réfléchi à la taille de la fratrie comme cela arrivait dans les familles .
Il était devenu très pointilleux sur le repassage du pli de son pantalon.
Enfant , il a gardé un bon souvenir des JOC, adolescent , le travail dans les centres aérés l'aidera . Étudiant il y travaillera aussi comme directeur de centre jusqu'à au moins vingt-cinq ans. Dix ans après sa maîtrise de science, il finit ses études de médecine à la naissance d'Elias à trente huit ans . Il perd alors son père . Il présente sa thèse de médecine après l'interruption de sa scolarité en quatrième de collège , sans être allé en classe de philosophie , de sciences ou mathématiques , avec une simple équivalence , les études devirndront interminables .
Je l'ai aidé pour maîtriser le français , il s'est mis un peu à lire , souvent de gros classiques de Stendhal , Victor Hugo, Flaubert, Cervantès ou de la poésie de Rimbaud .Nous avons visité le musée de Charleville , ville de Rimbaud .Il aimait Simenon , dont les décors sur la Meuse lui permettaient de se plonger dans ses souvenirs .
L'exclusion scolaire l'avait conduit à une phobie sociale , les examens le stressaient .Pourtant il en a passé beaucoup .
Encore à préparer son équivalence , je revois le tableau peint par lui à coup de pinceau de peinture verte pour écrire dessus à la craie , dans sa chambre de sa cité . Le carré de bois fin s'était courbé.
A cette époque , je ne faisais plus d 'études .
Je tentais de modifier le décor en peignant de bleu ciel et de fleurs ses petits meubles d'Emmaüs. Il avait des cours par correspondance .
Ma grand -mère me demanda en Creuse ce qui se passait entre mes parents et moi. Elle avait été mon rayon de soleil lors de ses rares venues quand j' étais encore à l'école , au collège puis en pension à Guéret . J'avais peur d'eux . La communication ne passait pas , ils passaient à l'acte . Ils m'avaient coupé les ponts .
Sa mère préparait tout le temps les repas .Je n'entrai pas dans la cuisine , confinée dans sa chambre surtout s'il y avait du monde . Le repas , c'était quelque chose . J'en garde un bon souvenir .
On tenait comme cela . Je n'étais pourtant pas heureuse de la situation bien qu'à l'abri des disputes . Ses parents commençaient à se poser des questions .Mon père avait un silence pesant et restait passif.Personne n'est venu me chercher .
La colère et l' amertume me minaient .Puis nous avons pu aller vivre quelque temps à Paris dans le seizième .Mon père est sorti de scène . Ma grand- mère reprenait les rênes et aidait sa fille à sortir de sa situation compliquée .Il y avait beaucoup de non- dits .
Nous quittons la cité . Je reprends mes études presque deux après notre rencontre . Je ne communique pas pour autant avec mes parents .Ils m'aident un peu . Ses parents cette fois ne viennent pas beaucoup le voir à Paris .
Personnalité
Il était très stressé., Angoissé, colérique , phobique et névrosé sans doute traumatisé .
Il somatisait l'angoisse . Il y avait de la carence sociale , de la rigidité autour des traditions .Il a eu une enfance écrasée sous le poids des responsabilités ,faisait le lien avec les institutions pour sa famille .
J'étais témoin impuissante et peu compétente .
Il misait tout sur la réussite sociale grâce aux études .La période à Paris puis dans la résidence universitaire ( assez dégradée ) va jusqu'au départ vers Noisy Le Sec alors qu' il est en médecine pendant que je termine mes études et trouve mon premier emploi .Nous arrivons dans les années quatre-vingt .J'ai des problèmes de santé ,quelques annees après notre rencontre ( rencontre en 1976 , reprise des études en 1978 de mon côté) . Nous manquons d'argent .
Nous étions à bout de souffle . J'étais épuisée .De son côté , à cette époque , il suit son chemin , s'investit dans ses études . Il est loin le temps où il trouvait des excuses pour ne pas passer le bac français par correspondance .
Je commence à rentrer à Gagny . Il poursuit ses gains dans les centres aérés . A Noisy- le _ sec , il y aura la transition après la maîtrise vers le PCEM.
Je n'étais pas enthousiasmée par la durée de ses études . Je lui avais déconseillé ayant moi- même renoncé à médecine sans regret . Il s' était inscrit une année en rattrapage à Orsay pour les maths , avant médecine ou Sciences .Il pensait que je ferai tout comme lui mais je n'avais pas cette motivation.
Je m'installais à Vincennes pour exercer mon métier et vivre , pas en forme ,dans un studio avec lui . Finalement nous sommes revenus à Gagny .
Il commence à se questionner, après son mariage pour être naturalisé .Il a trente ans environ.
L'entourage
A Gagny ou à Vincennes , l'environnement l'éloigne de la cité . Plus de voisins drogués , prostituées . Plus de voyous pour attirer l'un ou l'autre dans ses filets .
En Creuse , mes grands - parents l'accueillent et il aime y aller .
J'y ai passé mes vacances d'enfants et d'adolescents entre vélos , cousins , famille .
Mes parents s'installent à Paris dans le seizième .
J'ai toujours refusé de m'intoxiquer avec quoique ce soit a part les gâteaux sucrés . Son grand- père plantait du chanvre et le fumait par tradition.
J'étais bon chic bon genre , inhibée , complexée , en lien privilégié avec ma grand- mère .
Chez moi , il me manquait la communication et l'affection .
Après mon amour pour ma grand - mère ,j'ai eu mes deux amours Marwane et Elias sans transition.