je raconte la petite histoire d'une famille creusoise
October 20 2021
Judy Garland And Friends: Duets (Live)
Listen to Judy Garland And Friends: Duets (Live) on Spotify. Judy Garland · Album · 1964 · 9 songs.
Dans le parc s’élevait un grand arbre majestueux, le ciel était mitigé de nuages gris et de ciel bleu. Les sapins côtoyaient les chênes. L’allée était déserte. Puis le ciel se lavait et il ne restait que des traces de nuages couleur blanc d’oeufs montés en neige. Une statue comme de sucre figé était un rare ornement. Enfin le ciel devait carrément bleu clair . Un petit nuage rond s’attardait . Je m’efforçais de lever le regard le plus haut possible pour me remplir les yeux de bleu.Le parc était un bon lieu de promenade , déserté , à part les arbres qui occupaient toute la scène d’essences variées; quelques bancs de pierre blanche accueillaient le promeneur fatigué. Un cèdre de Liban était planté en plein centre ville depuis le dix-huitième siècle par un passionné de botanique de cette ville , occupée par des propriétés bourgeoises en ce temps-là.
A l’entrée du parc , je ne pouvais échapper à la statue ,femme drapée telle Marianne ,debout ,affrontant les saisons.Elle représentait l’idéal féminin fière et maternelle.L’immense mairie s’étalait devant une esplanade non moins imposante où quelques enfants jouaient au ballon , leurs mères assises sur les bancs . Un champ de coquelicots attendait un promoteur , fleurs emprisonnées devant des grillages. C’était une des rares taches de couleur vive dans ma promenade .Dans le jardin, les frères et soeurs chatons, devenus grands, revenaient par intermittence retrouver leur ami humain. La mère était beaucoup présente au début puis a disparu. La seule poule qui restait était vite lassée et trouvait un endroit où se poser ,gonflée de plumes. Les « mauvaises herbes » recouvraient la terre de leur vert printemps, parmi les pissenlits et les orties. Quelques objets disparates ,venus là par hasard des brocantes de rue , créaient un décor étrange , étagères roses et 2- CV crème , ne servant à rien.Il y avait eu une seule fraise en été ,vite dévorée par les pucerons.J’essayais de remettre de l’ordre ou de créer un décor ,de bouquets , ou de décorations de jardin ,en été. La poule et les chats réclamaient graines et pâtés , je leur parlai beaucoup et ils semblaient à l ‘écoute. J’ai dû créer un escabeau pour apprendre aux chatons à aller et venir entre le jardin et celui du voisin car ils ne savaient pas sauter par dessus-le mur.Ils semblaient avoir peur du vide.Je retournai chaque jour au parc en passant par le champ aux coquelicots .Le vieux poirier dont le tronc avait été cimenté ,technique ancienne faisait semblant de donner des poires. Il était là avant ma naissance .Le très vieux sapin répandait ses fruits rouges toxiques et gluants .Et je retournai au parc infiniment de jour en jour pour découvrir de nouveaux arbres ,dont un saule pleureur éploré , qui n’avait pas grandi ou un petit palmier perdu au milieu .Dans le jardin , les chats revenaient nous voir ,s’installaient sur la table et les fauteuils et guettaient en terrain familier. Ils prenaient le pouvoir et étaient nos complices .La fille ressemblait à la mère tigrée , sauvage ,le fils ressemblait au père ,blanc et roux , plus apprivoisé. Nourrir les chats devenait « la » préoccupation du moment. Je trouvai des conserves venus d’Angleterre à bas prix destinées au « SuperCat », a complete food for adults cats ,disait la publicité. Enfin le jardin perdait ses couleurs , je ratissais tout et découvrais le vieux mur ,laissé par les promoteurs du terrain du coin, sur lequel le lierre s’accrochait et donnait l’impression d’une queue rousse de renard, surplombée des feuilles de vert sombre. La poule restait sereine et s’asseyait dès que possible , elle semblait ne plus pouvoir tenir sur ses pattes. Nous avions planté des fleurs rouges ,oranges ,blanches , luttant pour gagner sur la morosité. La vigne vierge s’accrochait aux murs de la maison ancienne et grimpait jusqu’aux fenêtres des chambres .Les ifs plantés par les parents nous protégeaient de la rue et de l’immeuble en face , des figurines animalières de tôle décoraient aussi, trouvées dans la rues.
Je passai parfois par l’église du centre dont le jardin était aussi rose , rouge et orange.C’était encore le mois d’août, puis septembre passa et enfin octobre. Le jardin du curé était largement plus fourni en fleurs éclatantes de rouge. L’espace jardin de la ville en profita pour mettre en place sur des grillages des animaux préhistoriques , ancêtres de l’éléphant et de la girafe qui trônaient recouverts fleurs devant le conservatoire de musique fréquenté par les enfants depuis l’école puis le collège. Sur un mur de tôle ,dans la promenade ,l’alphabet avait été peint en lettres cursives géantes. Le jardin de la mairie éclatait aussi de couleurs, contrastant avec le ciel d’automne ,rempli de nuages sales . Des jeux gonflables colorés annonçaient une fête. Je trouvai un endroit du parc où m’asseoir plus confortablement , tout au fond et après une montée , là où les mères ou grands -parents emmenaient les enfants, les bancs m’accueillaient et je pouvais lire. Je dénichais plus loin la boîte à livres , avec de rares livres , j’en déposai parfois , ceux de mon frère déjà trouvés dans ce genre de brocante . En septembre ,le parc était encore coloré . Le mois de septembre ne voulait pas lâcher l’été. Je fis une nouvelle découverte en plein centre ville ,un petit jardin enclos , à traverser , ce que j’osai . Des maisons en ruines s’y accolaient, le tout semblait venir des années 50. Enfin ,le parc annonçait qu’il fermerait plus tôt , il faudrait alors lever plus tôt , fin de la lumière entre 17 heures30 et 19 heures, chacun chez soi.
Il me faudrait trouver un nouveau terrain d’aventure en attendant les jours meilleurs .