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je raconte la petite histoire d'une famille creusoise

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Aîné

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Les parents ne pensent que à leur retour et envoient leurs aînés, seuls, valise en main.

Les parents n' ont pas vraiment quitté leur pays, toute l' année, ils y pensent et transmettent leur nostalgie. 

Il y a une contagion des regards tournés vers là-bas où ils ont une famille d'origine.

Toute l' année , la cuisine leur rappelle les goûts , les odeurs et les couleurs qui s’ expriment sur leur langue. Ils ont leurs plaisanteries et leurs regards complices.

Ils attendent de repartir. Mais parmi les enfants , il y a ceux qui suivent et ceux qui déchirent le pacte. À leur corps défendant, les liens glissent et se défont.

Les parents y retournent avec moins d' enfants . Des petits-enfants s' accrochent à eux.

 

 Un des parents y va seul, puis la famille se disperse.

Toute l' année, les parents évoquent ce Paradis qui est le pays. Il y fait toujours beau, et les paysages merveilleux . Dés qu'ils reviennent , le moral s' en va. Le ciel bas et gris de Baudelaire leur pèse " comme un couvercle " . C' est le spleen. Les horaires des enfants qui vont en classe les laissent seuls ou peut- être en ont- ils eux-mêmes.

Ils attendent encore, cette fois , le retour des enfants , préparent un repas du pays pour les accueillir et se recueillir . Chaque repas est un retour.

Un jour, seul un parent y va, hors saison, laisse tout en plan, puis revient comme un voleur, plein d' espoir.

Il a retrouvé une autre branche de la famille sur laquelle se greffer, que ses enfants ne connaissent pas et il devient étranger à ses  propres enfants. Il n'est plus le même, il est d'un autre côté. 

Il rapporte quelques cadeaux comme pour s' excuser, partage des denrées presque déjà fossilisées, mais c'est symbolique.

 

Peut- être a- t- il des projets secrets, une clé d'appartement, une maison à entretenir , à louer , des lopins de terre?

 

Il ne sait pas raconter son expérience sans blesser ceux qu' il a laissés , il ne peut plus partager à moins d' assumer qu' il est devenu étranger à ses enfants.

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Ma santé va plutôt bien et mon esprit a été curieusement moins chagrin. Même dans ces conditions une vague inquiétude me torture, une chose que je ne puis appeler autrement que démangeaison, comme si j’avais des pustules à l’âme. Ce n’est que dans ce langage absurde que je peux vous décrire ce que je ressens. Tout cela, cependant, ne s’apparente pas vraiment à ces états d’esprit chagrins, dont je vous parle parfois, et où la tristesse est de toute évidence une tristesse sans cause. Mon état d’âme actuel a une cause. Autour de moi tout s’éloigne et s’effrite. Je n’emploie pas ces deux verbes dans la perspective de la tristesse. Je veux seulement dire que, chez les gens que je fréquente, se produisent ou vont se produire, de changements, des achèvements de période de vie, et que tout cela – comme pour un vieil homme qui, voyant mourir autour de lui ses amis d’enfance, imagine sa mort proche – me suggère je ne sais de quelle mystérieuse façon que mon existence doit, va changer aussi. »
Fernando Pessoa

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